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Alves dos Reis : L’homme qui a imprimé sa propre fortune

L’histoire de la numismatique ne saurait être complète sans évoquer le nom controversé d’Alves dos Reis, un faussaire portugais dont le talent et les actions ont marqué l’univers de la monnaie. Son parcours, à la fois complexe et tumultueux, met en lumière les rouages de la falsification de la monnaie, un art mêlant tromperie et maîtrise des mécanismes financiers.

Les débuts d’un faussaire hors norme

Alves dos Reis, de son nom complet Artur Virgílio Alves dos Reis, est né en 1896 à Lisbonne, au Portugal, dans un milieu petit-bourgeois. À ses 18 ans, il arrête ses études d’ingénieur et épouse une femme de la haute bourgeoisie. Il a du mal à obtenir l’estime de sa belle-famille, surtout après la faillite de son père, entrepreneur de pompes funèbres, et décide de tenter sa chance en Angola, alors colonie portugaise, pour faire fortune.

En un rien de temps, il obtient un poste de directeur des chemins de fer. Comment est-il arrivé à accéder à ce poste sans diplôme et sans aucune expérience ? Grâce à la falsification d’un diplôme d’une école d’Oxford, la Polytechnic School of Engineering, qui n’a même jamais existé. Seconde entourloupe en Afrique : avec un chèque en bois, il devient actionnaire majoritaire de la Société des Chemins de Fer Transafricains d’Angola.

De retour à Lisbonne en 1922, il prend les rênes de l’Ambaca, une concession automobile américaine en difficulté, avec laquelle il émet de nombreux chèques sans provision. Il essaye de mettre la main sur la compagnie minière d’Angola, mais sa malhonnêteté est finalement décelée. Il est accusé de détournements de fonds et de trafic d’armes. Il est jugé au Portugal en 1924, mais il ne fera qu’un mois de prison, se proclamant victime d’un complot.

Le complot du siècle : tromper une banque nationale

Ces quelques semaines en prison n’ont pas eu raison de sa soif d’argent. Rien ne semble l’arrêter et c’est à cette période qu’il élabore son plan machiavélique.

Il décide de défier les institutions financières en fabriquant un faux contrat au nom de la Banque du Portugal, grâce à l’aide de plusieurs complices, tous de grands notables. L’un d’eux, le financier hollandais Karel Marang van Ysselveere réussit à rencontrer le directeur de l’imprimerie anglaise Waterlow and sons, dans laquelle sont imprimés les escudos. C’est à ce moment que son plan prend une dimension concrète.

Des billets “faux”… mais parfaitement authentiques

Il passe commande pour des billets de 500 escudos en prétextant un prêt au développement pour l’Angola. Raison pour laquelle les numéros de série de billets peuvent être les mêmes que ceux déjà imprimés pour le Portugal. Tout un tas de documents de la Banque de France justifient la demande. Évidemment, ils sont tous faux, parfaitement imités par Arthur Alves dos Reis.

Ce qui rend l’affaire encore plus incroyable, c’est que les billets produits étaient parfaitement authentiques, car imprimés par la même imprimerie officielle que ceux de la banque du Portugal.

Le subterfuge est une réussite. Waterlow and Sons Limited imprime le 17 novembre 1922, 600 000 billets de 500 escudos, à l’effigie de Vasco de Gama. Les billets sont transportés jusqu’au Portugal, par le biais de valises diplomatiques hollandaises, qui permettent d’éviter tout contrôle.

Quand tout s’effondre

Bien que Reis soit à l’origine du projet et l’auteur des faux documents, il ne reçoit que 25 % des gains, qui lui permettent tout de même de créer sa propre banque, la Banco de Angola e Metrópole.

Il y propose des crédits pour pouvoir insérer judicieusement les faux billets dans le circuit monétaire. En parallèle, il mène une vie de luxe. Il tente d’acheter les actions nécessaires à la prise de contrôle de la Banque du Portugal pour déjouer d’éventuelles investigations sur sa fraude, mais il échoue.

Par son manque de discrétion, il est finalement démasqué. La presse s’intéresse rapidement à cet homme riche qui prête de l’argent à des taux défiants toute concurrence. Le 5 décembre 1925, le journal O Século révèle la fraude. Les banques vérifient alors leurs coffres et leurs billets de 500 escudos. Elles découvrent de nombreux billets avec des numéros de série en double exemplaire.

Alves dos Reis est finalement arrêté. Il a 28 ans. Suite à son procès qui dura 5 ans, il fut condamné, en 1930, à vingt ans de prison. Il est finalement libéré en 1945 et repart en Angola et tente une ultime escroquerie, en vain. Il décède seul et sans un sou.

Cette escroquerie envers la Banque du Portugal, est encore aujourd’hui considérée comme une des fraudes les plus réussies jamais perpétrée contre une banque nationale. L’histoire d’Alves dos Reis est celle d’un homme dont les capacités de manipulation l’ont conduit à défier les fondements mêmes du système monétaire. Son habileté et son audace se mêlent , créant un personnage énigmatique dont les actions continuent d’interpeller les numismates et les amateurs d’histoire. Il incarne le mythe du faussaire, capable de manipuler les symboles de la richesse et du pouvoir.

Plus qu’une simple fraude, l’affaire Alves dos Reis rappelle que la valeur de la monnaie repose avant tout sur la confiance.

Sources :
Mon Lisbonne
Wikipédia

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