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Le naufrage du Rooswijk

Le Rooswijk était un navire appartenant à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), qui fit naufrage en 1739 au sud-est de l’Angleterre, au nord du détroit de Douvres. Il transportait, dans sa soute, une cargaison de pièces de monnaies considérables destinées au commerce avec l’Asie. Son épave fut retrouvée, par hasard, en 2004 et continue d’être explorée encore aujourd’hui par des archéologues à la recherche du trésor de Rooswijk.

Le naufrage du Rooswijk

Au large de la pointe sud de l’Angleterre, la mer cache une caractéristique inhabituelle connue sous le nom de Goodwin Sands. Des bancs de sable apparaissent et disparaissent de manière imprévisible et se déplacent avec les marées. Au cours des siècles, de nombreux navires se sont ensablés et ont fait naufrage ici.

C’est le cas du Rooswijk, un bateau construit en 1737 qui entame son deuxième voyage en 1739, au départ de Texel (aux Pays-Bas) pour Batavia, l’actuelle Jakarta. Le 19 décembre 1739, il affronte une tempête qui ne fait aucun survivant. 237 membres d’équipage, un nombre inconnu de passagers et de nombreux coffres remplis de monnaies sombrent au fond de l’eau.

Quelques semaines plus tard, en janvier, un coffre plein de lettres ainsi que des effets personnels de l’équipage s’échouent sur le rivage. Le gouvernement anglais réalise alors que le navire a coulé au fond de l’océan au large des côtes du Kent. Ces lettres se sont avérées être les derniers mots rédigés avant le naufrage du Rooswijk.

Le mauvais temps empêche toute tentative de sauvetage jusqu’au printemps. Lorsque les conditions sont enfin réunies, il n’existe plus aucune trace de l’épave. Les vestiges du Rooswijk sont ​​perdus parmi les milliers de navires peuplant ce cimetière archéologique.

La découverte de l’épave du Rooswijk

Ce n’est que des années plus tard, en décembre 2004, que les sables qui avaient englouti l’épave du Rooswijk se séparent et permettent au plongeur amateur Ken Welling de trouver le trésor du Rooswijk. Opérant dans le secret pour ne pas attirer les pillards, le sauvetage est rendu public en 2005. Organisée par les gouvernements néerlandais et britannique, l’expédition scientifique est menée par Rex Cowan.

Une partie du trésor de Rooswijk est remontée. Au XVIIIe siècle, les échanges maritimes entre les comptoirs asiatiques et l’Europe étaient fructueux. Le métal précieux était très demandé et échangé contre des épices et de la porcelaine asiatique. La valeur de la cargaison connue du Rooswijk était estimée à plus de 300 000 florins.

La cargaison se présentait essentiellement sous la forme de lingots d’argent et de « pièces de huit », des reales mexicains des années 1720 et 1730. Cependant, les archéologues ont découvert de nombreuses autres pièces de monnaie plus anciennes sur le site de l’épave, comme des ducatons des Pays-Bas qui ne faisaient pas partie de la cargaison officielle. Ces pièces sont pour la plupart percées de petits trous. Elles étaient cousues aux vêtements des passagers et de l’équipage pour les faire passer en contrebande vers les Indes néerlandaises.

La contrebande d’argent était officiellement interdite par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), bien qu’elle semble avoir été une pratique courante pour de nombreux membres du personnel de la VOC. L’argent valait bien plus aux Indes orientales qu’aux Pays-Bas. On pense que la moitié du trésor de Rooswijk était de l‘argent illégal.

Les opérations de sauvetage du trésor Rooswijk

L’opération de sauvetage de 2005 a suscité des critiques de la part des organisations du patrimoine du monde entier, car certains des principes internationaux concernant la protection du patrimoine archéologique ont été ignorés. En 2007, le Rooswijk est désigné site d’épave protégé en vertu de la législation britannique, ce qui empêche toutes possibilités de sauvetage.

Seulement, en 2016, l’épave est en danger et entre au registre du patrimoine en péril de l’Angleterre à cause de l’érosion persistante, des tarets attaquant le bois et des plongées non autorisées. Le gouvernement néerlandais et Historic England concluent que des recherches sont indispensables. Le projet #Rooswijk1740 de 2017 et 2018 est lancé. Il est dirigé par l’Agence du patrimoine culturel des Pays-Bas, en collaboration avec Historic England et l’entrepreneur MSDS Marine.

Rooswijk
©Wikimedia by Ra’ike

Les archéologues néerlandais et britanniques documentent de vastes zones de l’épave. C’est la première fois qu’une épave de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales est étudiée scientifiquement à cette échelle. L’équipe récupère un large éventail d’artefacts, des grands coffres de marins, des barils et caisses, des cruches, des cuillères en étain, des bouteilles en verre, des manches de couteaux richement sculptés et des objets personnels comme des chaussures ou des peignes.

Les artefacts sont ensuite enregistrés, nettoyés, analysés en Angleterre puis envoyés aux Pays-Bas pour leur conservation. Certains objets sont exposés à Ramsgate, sur la côte anglaise.

Des os ont aussi été récupérés dans l’épave. Les généalogistes néerlandais ont mené de nouvelles recherches basées sur des archives et ont pu identifier 19 membres d’équipage. Auparavant, seul le nom du capitaine était connu : Daniël Ronzieres. Gerrit Hendrik Huffelman était un chirurgien senior qui avait voyagé plusieurs fois vers l’Est, Thomas Huijdekoper, un jeune homme de 19 ans qui effectuait son premier et dernier voyage VOC et Pieter Calmer, un marin qui avait auparavant survécu au naufrage du Westerwijk au Cap de Bonne Espérance.

Martijn Manders, le chef de projet de #Rooswijk1740, a déclaré : « Le Rooswijk est spécial car il parle des gens ordinaires de l’époque, mais aussi des relations commerciales et des connexions entre les cultures du monde entier ». Les fouilles du trésor de Rooswijk permettent de comprendre davantage l’histoire du commerce au XVIIIe siècle.

Sources :
Article Maxisciences
The Guardian
Forum Numista
World Archeology
National Geographic

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