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Le trésor de Bazas : 1 010 monnaies oubliées dans un mur pendant cinq siècles
Dans le silence épais d’un vieux mur de pierre, le passé sommeillait. En mai 2004, au cœur de Bazas, en Gironde, un simple chantier de rénovation fait ressurgir un trésor exceptionnel : 1 010 monnaies d’or, d’argent et de billon, cachées depuis plus de cinq siècles.
Aujourd’hui connu sous le nom de « trésor de Bazas », cet ensemble offre un témoignage fascinant sur la richesse et la circulation des monnaies dans l’Europe de la fin du Moyen Âge.
Un trésor caché dans la pierre
Les monnaies avaient été dissimulées dans l’épaisseur d’un mur d’une ancienne maison.
L’un des pots en terre cuite contenait 157 monnaies d’or, tandis qu’un second renfermait plusieurs dizaines de monnaies d’argent. De nombreuses petites monnaies de billon avaient également été déposées en vrac dans la cache.
Au total, 1 010 monnaies sont découvertes.
Qui pouvait posséder une telle fortune ? Les spécialistes ont notamment envisagé l’hypothèse d’un riche marchand, d’un bourgeois ou d’un notable local, peut-être impliqué dans les échanges commerciaux de la région.
Mais son identité reste inconnue, tout comme la raison pour laquelle il n’est jamais revenu récupérer son trésor.
Des monnaies venues de toute l’Europe
La richesse du trésor de Bazas tient aussi à son étonnante diversité.
Aux monnaies françaises s’ajoutent des pièces provenant de différentes régions d’Europe : Espagne, Italie, Flandres ou encore Angleterre.
Cette diversité témoigne de l’importance des échanges à la fin du XVe siècle. L’Aquitaine était alors traversée par d’importantes routes commerciales reliant notamment Bordeaux au reste du royaume et à plusieurs régions européennes.
Le trésor constitue ainsi une véritable photographie de la circulation monétaire à la fin du Moyen Âge.
Un trésor enfoui dans les années 1480
Les monnaies les plus récentes permettent de situer l’enfouissement dans les dernières décennies du XVe siècle.
Les premières études évoquaient une date autour de 1483, année de l’accession au trône de Charles VIII. L’étude de certaines monnaies permet cependant de situer le dépôt un peu plus tard, probablement autour de 1486.
Le trésor aurait donc été caché à une période charnière, entre la fin du Moyen Âge et les débuts de la Renaissance.
Pourquoi ?
Aucun événement précis connu à Bazas ne permet de l’expliquer avec certitude. Son propriétaire souhaitait vraisemblablement mettre sa fortune à l’abri, mais il pourrait être mort avant d’avoir pu la récupérer ou révéler l’emplacement de sa cache.
Le mur aurait alors gardé son secret pendant plus de cinq siècles.
Du mur à la salle des ventes
Après sa découverte, le trésor est étudié et inventorié avant d’être proposé aux enchères.
La vente se déroule le 29 octobre 2005 à Angoulême, avec le concours de la numismate Françoise Berthelot-Vinchon. Un catalogue détaillé est publié pour présenter les différentes monnaies.
Estimé entre 150 000 et 300 000 euros, l’ensemble atteint finalement environ 350 000 euros.
Certaines monnaies rares provoquent des enchères particulièrement élevées. Une pièce d’or espagnole frappée à Burgos atteint notamment 24 000 euros.
La vente entraîne toutefois la dispersion des 1 010 monnaies entre différents acquéreurs, rendant plus difficile l’étude du trésor dans son ensemble. Le catalogue et l’inventaire réalisés avant la vente restent donc des documents essentiels pour les chercheurs.
Bien plus qu’un trésor de 350 000 euros
Au-delà de sa valeur marchande, le trésor de Bazas constitue une source précieuse pour les historiens et les numismates.
L’origine très diverse des monnaies montre notamment à quel point les marchandises, les hommes et l’argent circulaient déjà à travers l’Europe à la fin du Moyen Âge.
Mais son histoire conserve surtout une part de mystère.
Il y a plus de cinq siècles, quelqu’un a rassemblé une fortune, l’a cachée derrière les pierres d’un mur et pensait probablement revenir la chercher. Il ne l’a jamais fait.
Pendant des générations, les habitants de cette maison ont ainsi vécu à quelques centimètres d’un trésor sans connaître son existence. Il aura fallu attendre mai 2004 et quelques travaux de rénovation pour que les 1 010 monnaies du trésor de Bazas retrouvent enfin la lumière.
Si les monnaies ont depuis été dispersées, les deux pots en terre cuite découverts avec le trésor ont, eux, traversé le temps jusqu’à nous. Représentés dans le catalogue de la vente de 2005, ils demeurent de précieux témoins matériels de cette découverte exceptionnelle.
Nous avons aujourd’hui le privilège de proposer ces deux pots à la vente dans notre boutique et au sein de notre catalogue. Restés dissimulés dans un mur pendant plus de cinq siècles, ces modestes récipients sont désormais les témoins d’une histoire extraordinaire : celle d’une fortune oubliée, demeurée dans l’ombre pendant des générations avant de ressurgir plus de 500 ans plus tard.
Sources:
- Françoise Berthelot-Vinchon, Le Trésor de Bazas, catalogue de la vente du 29 octobre 2005.
- CGB Numismatique, documentation consacrée au Trésor de Bazas.
- Le Journal des Arts, articles consacrés à la découverte et à la vente du trésor.
- Numista, documentation numismatique et bibliographique sur le trésor de Bazas.
- La Dépêche, « Un trésor du XVe siècle aux enchères à Angoulême », 29 septembre 2005.